Faux la Montagne, Creuse, Limousin

Les accords de Khust #2

Le cadre géographique

La Transcarpatie, région du sud ouest, aux frontières slovaques, hongroises et roumaines, est un peu montagneuse, et pourrait ressembler à l’Auvergne, au Plateau. De fortes précipitations (1500 mm d’eau par an), de grandes forêts, y compris primaires, des hêtraies, des résineux au loin. En plein automne des couleurs flamboyantes.

La commune de Nijnié Sélitché où nous sommes est à 300 m d’altitude, mais on a l’impression, avec le relief, d’être à 600 ou 700m. Au fond d’une vallée large, une rivière, bordée de terres qui, parait-il, sont riches mais pourtant en partie en friche. Au loin les sommets qui avoisinent les 1800m, certains boisés d’autres nus. Comme partout sur la planète, les modifications du climat se font sentir : des précipitations plus fortes, plus concentrées, moins de neige, de la sécheresse estival inattendue, sur des sols argileux et des nappes phréatiques qui se tarissent. La flore est assez semblable à la nôtre et pour la faune, on rajoute les ours. Présence de sources chaudes. L’ancienne commune de Nijnié, maintenant rattachée à Khust fait grosso 9km x 3km. Le délégué du village, sorte de directeur, nous recevra dans ce qui fut la mairie. Une carte accrochée au mur nous donne une idée des proportions du lieu mais le directeur n’a pas l’air de bien maîtriser la topographie de ce qu’il dirige. Il ne saura pas nous dire précisément la surface et restera assez laconique sur la géographie très locale. Problème de traduction ou autre chose ?

L’urbanisme

De la Hongrie à l’Ukraine nous avons été frappé par la continuité de l’urbanisme des villages que nous traversions. Le long de la route, se répétait le même schéma. A droite comme à gauche, d’abord une bande enherbée, souvent avec un fossé. Puis posés, en quasi alignement de façades, une succession de pavillons d’une soixante de mètre carré au sol, d’un seul niveau avec un toit le plus souvent à quatre pentes.

Les maisons sont clôturées et entourées d’un jardin d’une profondeur de quatre mètres environ sur le côté route et les côtés mitoyens. A l’arrière, souvent des petites dépendances, dont une étable, un peu de terrain cultivé. Fait curieux, il n’y a pas toujours des gouttières ou alors les descentes d’eau pluviale tombent directement sur le jardin et même, assez fréquemment, comme des défenses d’éléphant, elles enjambent la clôture de façade pour que l’eau s’écoule dans le domaine public.

Les maisons datent des années soixante. Certaines sont bien rénovées, d’autres dans un état un peu décrépi, voir à l’abandon. Il y a parfois des routes perpendiculaires pour former des quartiers, et gagner ainsi en profondeur. Mais on est toujours sur un plan très orthogonal et aligné. De temps en temps, des nids de cigognes, perchés sur le haut de poteaux électriques.

Le matériau de construction : souvent de la brique, parfois du parpaing ou de la terre et paille pour les maisons plus anciennes et une couverture tuile, la plus part du temps. Un détail marquant, côté ukrainien, l’investissement des habitants dans la décoration de leur portail ! On a parfois l’impression d’assister à un concours du plus beau, plus ornementé, plus clinquant portail ! Certains ukrainiens un peu moqueurs disent qu’il y a des familles qui préfèrent manger des nouilles toute l’année mais se payer un superbe portail !

Le cadre historique.

Cette région a connu différentes occupations, avec des minorités hongroises, roumaines, slovaques… On parle des ancêtres, les ruthènes, peuple slave. A ne pas confondre avec les rutènes de chez nous peuple gaulois, en 70 avant JC, dans le Lot et le Tarn. Ici, on peut parler plusieurs langues, même si c’est un ukrainien local qui est le plus pratiqué, langue slave proche du russe. L’écriture est cyrillique. Mais paradoxalement, l’ukrainien est plus compréhensible pour nous que le hongrois, alors même que nous partageons le même alphabet. Avec la guerre, le sentiment que l’on perçoit, c’est qu’aujourd’hui il y a un ennemi commun qui veut du mal et qu’il est nécessaire de se souder pour faire face, et le russe est devenu langue non grata… Et ça se complique quand certaines familles ukrainienne de l’est du pays ont traditionnellement comme langue le russe ; cas de familles déplacées que nous avons rencontrées… En France, avec le cas alsacien, des personnes qui ont vécu entre 1869 et 1945, sans bouger de leur village, ont pu changer 5 fois de nationalité. Dans ce coin de l’Ukraine, c’est 7 fois !

A suivre, Episode 3#…

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