Nous vous proposons au travers de différents épisodes de vous partager le récit de notre voyage à la découverte du village de Nijnié Selitché, province de Khust en Ukraine et de ses habitant-es.
Le mercredi 15 octobre 2025, dans la salle du conseil de la commune ukrainienne de Khust, en Transcarpatie, Catherine MOULIN, maire de Faux-la-Montagne, Thierry Letellier maire de La Villedieu et aux noms des maires de Gentioux-Pigerolles et de Saint Martin Châteaux n’ayant pu faire le déplacement, signaient, avec leur homologue ukrainien un accord de partenariat pour un projet d’adduction d’eau potable et d’assainissement.



« L’annexion de la Crimée par la Russie en 2014 fut pour moi un choc. C’est à partir de là que je commençais à lire, écouter, regarder tout ce qui se disait sur ce coin de l’Europe orientale. Alors, le 22 février 2022, quand la Russie envahit l’Ukraine, pour moi, cela devint quasiment une obsession ». C’est à quelques mots près ce qu’a, entre autre dit, Thierry Letellier dans son discours lors de la signature.
Mais pourquoi un si long périple ?
Au commencement, une association ukrainienne locale, l’ATDL l’Association Transcarpatienne pour le Développement Local (ATDL), lance un projet, avec son partenaire Pro Longo maï suisse, pour alimenter en eau potable les habitants d’une petite commune de 3000 habitants, rattachée à Khust, au nom assez imprononçable, pour moi, de Nijnié Selitché et sollicitent l’aide internationale.
En 2023, une ONG française, Experts Solidaires, est missionnée par ATDL pour travailler l’aspect technique.



eau avec la mairie
En avril 2025, dans le cadre d’un programme de coopération internationale décentralisée le ministère des affaires étrangères, lance un appel à soutien de l’Ukraine. Y répondirent peu de monde, quelques grosses villes et quatre petites communes rurales de Creuse : Faux la Montagne, Gentioux-Pigerolles, La Villedieu et Saint Martin Château qui avaient eu vent du projet de l’ATDL. Les quatre conseils s’accordent pour une participation de 7000€. Ce qui déclenchera, par effet levier, une contribution du ministère de 35 000€ en appui d’étude et possiblement plus tard d’autres financements, par exemple de l’Agence de Bassin (sur le déblocage de fonds destinés aux solidarités internationales), pour la réalisation de l’adduction.
En octobre 2025, une mission française représentant les quatre communes est donc attendue en Ukraine pour signer une convention de coopération internationale décentralisée.
Au final, cette mission est composée des maires de Faux la Montagne, Catherine Moulin, de La Villedieu, Thierry Letellier, (qui représenteront aussi les communes de Gentioux et Saint Martin Château), accompagnés de Benjamin Rosoux et d’Olivier Davigo. Nous étions donc quatre à partir en voiture depuis Faux la Montagne le samedi 11 octobre.
Nous traversions la frontière hongroise, après l’Italie et l’Autriche pour rentrer en territoire ukrainien le lundi 13 octobre, après 2200 km de route. Pour couper court à toute rumeur, précisons que les frais du voyage ont été en totalité pris en charge…par les voyageurs !
Nous rejoindrons sur place Jean-Pierre Mahe, directeur d’Experts Solidaires et Christian Coite, ingénieur consultant en hydraulique, spécialiste en adduction d’eau potable et en système d’épuration, monsieur « caca international» comme il s’amuse à le répéter. Six français en mission.
Benjamin n’est pas là par hasard, c’est lui qui fut l’ambassadeur du projet, l’inter-face, c’est lui qui proposa aux quatre communes de s’associer. Benjamin connaît bien Longo maï international et Oreste, membre de l’ATDL, habitant de Nijnié Selitché dans le collectif Longo maï local, personnage important dans notre périple ukrainien, qui lui parla un jour de ce besoin d’adduction d’eau potable. C’est comme ça que l’histoire a commencé…
Oreste, notre hôte, est français, il habite en Ukraine depuis 1992, il est marié à Yolana ukrainienne de la minorité hongroise locale. Ils ont eu des enfants, aujourd’hui majeurs, qui ont fait toute leur scolarité au village. Oreste est un agité du développement local, un boulimique de la rencontre, de toutes les causes et batailles, avec une capacité étonnante de créer et soutenir des projets. Pendant les 5 jours qui suivirent notre arrivée, pas une seconde de répit, un emploi du temps plein comme un œuf. L’objectif d’Oreste et de l’ATDL était de tout nous faire voir, avec un maximum de rencontres, aussi diverses que possibles, de façon à ce que nous ayons la meilleure vision du territoire, des enjeux, des problématiques. Cet article ne fera qu’effleurer les rencontres, la densité est telle qu’il faudrait un livre pour tout relater.

4ème depuis la droite

Peut-être deux mots sur l’engagement d’Oreste pour sauver les forêts primaires. Il milite dans un mouvement national qui se bat contre les coupes illégales de bois – Free Svydovets. L’Ukraine est un énorme réservoir de bois d’œuvre, qui alimente de façon massive les pays de l’Europe occidentale. C’est le plus gros exportateur, loin devant les bois « tropicaux ». L’organisation forestière dépend de l’état. Toutes les forêts sont étatiques. Mais la corruption s’y est nichée, comme une tique. Là où des plans de gestions officiels déterminent les coupes nécessaires, des agents de l’état, sous influence des oligarques souvent mêlés au trafic, voire l’organisant, procèdent en toute illégalité à des coupes sauvages qu’ils estampillent du cachet officiel. Le travail du mouvement Free Svydovets est de surveiller les forêts, en s’appuyant d’ailleurs sur des bûcherons intègres qui avertissent les militants, pour repérer les coupes sauvages, prendre les photos et faire attester l’illégalité des abattages. Les risques sont gros, intimidation physiques, menaces, et violences. Il y a des gros enjeux. Oreste est fier d’avoir contribué, avec le réseau dont il membre actif, au discrédit de l’oligarque Igor Kolomoïsky, aujourd’hui derrière les barreaux. Mais le travail est titanesque tant est fort le désir lucratif de certains.



Episode #2, à suivre…
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