Du 25 février au 1er mars, une délégation ukrainienne de Transcarpatie est venue sur le Plateau. Cette rencontre fait suite à la signature des « accords de Khust », d’octobre 2025 dont nous avons déjà parlé (Episodes 1 à 7# publiés sur le site fauxlamontagne.fr). Quatre communes du Plateau (Faux-la-Montagne, Gentioux-Pigereolles, La Villedieu et Saint-Martin Château) se sont ainsi engagées dans une coopération transnationale pour soutenir un projet d’adduction d’eau.
Un programme plein comme un œuf
Neuf personnes venues d’Ukraine, le maire de Khust ainsi que quatre membres de son équipe et quatre personnes de l’association Transcarpatienne de développement local ATDL étaient de ce voyage. Après une présentation du territoire en mairie de Faux (zoom sur une carte de France pour arriver jusqu’aux communes, en passant par la région, le département, les comcom, le PNR…).



Marion Michau, spécialiste en phytoépuration a fait une présentation de cette technique d’assainissement des eaux usées. Après la visite de l’école, de l’Agence postale communale, de la crèche, de Travaux Pratiques, du camping et de l’écoquartier, direction le lagunage pour le volet épuration collective. L’après midi, une visite d’un chantier du PNR a permis de découvrir une action de préservation-restauration de prairie et de zone humide.





Puis à Hêtre en Forêt, sur la commune de Nedde, Iris, franco-ukrainienne, nous a parlé de la lutte qu’elle mène avec son association pour s’opposer à des travaux gigantesques d’aménagement de station de ski en Transcarpatie, travaux qui menacent des forêts primaires et de très anciens écosystèmes. Après toutes ces visites une réunion technique a lieu sur l’avancement du projet d’adduction et d’épuration d’eau dans le village ukrainien.


Vendredi est la journée urbaine du séjour d’abord à Felletin (promenade dans le marché, visite des ateliers de Court circuit, repas à la gare et découverte du projet Pang puis à Aubusson avec la visite du musée de la tapisserie.





Le soir, à Faux, une réunion publique a rassemblé une centaine de personnes. Deux chants ukrainiens par la chorale « A l’arrache » du Plateau ont introduit la réunion, ce qui ne fut pas sans provoquer l’émotion de la délégation qui ne s’y attendait pas. Prise de paroles et témoignages ont été suivis de questions.


Samedi, visite d’une exploitation agricole ovine à La Villedieu, puis à Tarnac, du magasin général et du centre Emmaüs avec sa conserverie et son restaurant. L’après midi à Gentioux a eu lieu le moment solennel à la mairie, avec signatures et coups de tampons. Les écharpes et drapeaux étaient de sortie.




Et pour demain ?
La délégation a été très intéressée par la phytoépuration. Avec l’ONG Experts Solidaires qui accompagne le projet de coopération, a été évoqué un possible déplacement de Marion Michau pour mettre en place une première phytoépuration témoin, sur place, avec l’accord enjoué d’une Ukrainienne qui mettra son terrain à disposition. Une espèce de transfert de compétence à destination d’une équipe locale de quatre à cinq personnes qui pourraient ensuite le diffuser. On pense au volet filière bois. Imaginer des voyages croisés, par exemple avec nos établissements professionnels, école forestière ou Lycée des Métiers du Bâtiment. On réfléchit à des échanges de correspondances entre les écoles, et plus globalement à un jumelage entre Nijnié et les quatre communes.



Se pose une question d’échelle. Nijnié et les quatre communes du Plateau, globalement c’est la même taille de population. Mais avec Khust, ville de 30 000 habitants, il y a une certaine disproportion. Pourquoi ne pas faire rentrer d’autres communes dans le processus d’échange ? C’est à construire !
La visite de la délégation l’a confirmé : nos deux territoires sont, sur beaucoup de points, assez semblables. Mais n’oublions pas que l’élément déclencheur de la signature de ces accords, ainsi que la perspective d’un jumelage, sont le résultat de l’expression d’une solidarité provoquée par l’invasion russe. La guerre comme toile de fond, l’Ukraine, comme un premier rempart. Dans un monde très déstabilisé, où le droit international s’est considérablement rétréci, où les désastres de la prédation et la loi du plus fort rivalisent avec des égos toxiques surdimensionnés, il est plus que souhaitable que se tissent des relations d’entraide réciproque, de respect et de découverte mutuelle, à notre petit niveau. L’accueil, la découverte de l’autre, le respect des différences, les ponts de solidarité, ici ou ailleurs, dans des espaces qui nous sont proches, sont les antidotes, les contre-poisons d’un monde en folie.
Olivier Davigo
