Faux la Montagne, Creuse, Limousin

10 juin : un pique-nique solidaire des mineurs non accompagnés

Depuis 2 ans et demi, le collectif d’habitants « Faux Solidaire » accueille et accompagne dans notre commune des mineurs non-accompagnés (mineurs étrangers arrivés seuls sur le territoire) dont la minorité est contestée par l’ASE (Aide Sociale à l’Enfance) dépendant du Conseil Départemental.

Notre association a pu impulser la création d’un collectif de soutien à l’échelle départementale (MNA Creuse) qui s’est depuis peu constitué en association sous le nom « Demin, Demin » (se débrouiller en ivoirien, mais aussi « demain » comme le futur, tout en évoquant l’idée de « déminer » le terrain face à la « déminorisation » dont ils sont victimes).

La non-reconnaissance de minorité se fait, une dizaine de jours après leur arrivée à l’ASE, lors d’un entretien d’une vingtaine de minutes à une heure avec deux évaluatrices au cours desquels les jeunes sont interrogés sur leur parcours de vie et leur parcours migratoire.

Les éléments pris en compte sont l’existence ou non de documents d’état-civil, l’aspect physique des jeunes, leur « maturité », l’éventuelle imprécision de leurs réponses.

Ces évaluations très sommaires dont les motivations sont le plus souvent consternantes de légèreté, si elles aboutissent à ne pas reconnaître la minorité des jeunes, conduisent à leur mise à la rue immédiate.

Les jeunes peuvent alors tenter de faire reconnaître leur minorité par le Juge des Enfants, mais pendant le temps de ce recours qui dure de nombreux mois, ils sont à la rue, sans aucune ressource ni aucun autre soutien que les associations bénévoles.

La France a fait régulièrement l’objet de condamnations par le Comité des Droits de l’Enfant des Nations Unies (la dernière en date du 19 janvier 2026) aussi bien pour ses pratiques de détermination de l’âge que pour l’absence de prise en charge pendant la durée des recours.

À la rue, perdus dans un pays dont ils ignorent à peu près tout, ils ont froid, ils ont faim, ils ont peur et sont à la merci de tous les réseaux mafieux.

Notre intervention consiste, dès que nous les repérons ou qu’on nous les signale à les mettre à l’abri, en leur trouvant si possible des familles d’accueil et à défaut au moins une chambre quelque part.

Nous leur donnons l’accès aux associations de solidarité pour leur nourriture et leur vêture.

Dès que cela est fait, nous nous occupons de leur accès à la santé, du dépistage des maladies dont ils sont éventuellement porteurs, des vaccinations obligatoires. Puis nous nous chargeons de leur scolarisation, de leur formation. Et nous les accompagnons dans la récupération de leurs documents d’état-civil, dans les démarches de légalisation de ceux-ci et dans le recours auprès du Juge des Enfants.

Depuis que nous menons ce travail, nous avons accompagné une trentaine de jeunes qui, à l’exception de trois d’entre eux, ont tous été finalement reconnus mineurs par le Juge des Enfants !

Suite à cette reconnaissance, ils sont placés auprès des services de l’ASE jusqu’à leur majorité.

Mais, suite à la dernière reconnaissance de minorité de 6 jeunes (dont deux étaient accueillis à Faux-la-Montagne) par décision de la Juge des Enfants le 30 mars, l’ASE a décidé de faire appel de cette décision auprès de la Cour d’Appel de Limoges, plongeant ces jeunes dans des abîmes d’angoisse nuisant profondément à leur santé mentale. L’audience se tiendra le 30 juin prochain.

La raison principale qui nous a été donnée motivant cette décision est le fait que l’ASE de la Creuse accueille déjà beaucoup de mineurs, qu’il s’agisse de jeunes Français placés par décision de justice, ou de mineurs étrangers non accompagnés, et que, pour ces derniers, elle en accueille plus que la part qui lui est assignée par la clé de répartition départementale active au niveau national.

C’est vrai ! Le département de la Creuse accueille beaucoup plus de mineurs non-accompagnés par rapport à sa population que la plupart des départements français.

Mais cela ne saurait justifier de s’acharner sur ces jeunes et de s’obstiner dans la contestation de leur minorité, alors que le vrai problème n’est pas celui de leur âge, mais celui de leur répartition nationale.

Notre association, « Demin, Demin » appelle à un pique-nique de solidarité à 12h30 ce mercredi 10 juin devant les locaux de l’ASE à Guéret, pour dénoncer cet acharnement et pour manifester notre solidarité à ces jeunes qui en ont bien besoin. Vous y êtes tous invités !

Vous remerciant de votre attention, et espérant votre présence à nos côtés et à leur côté.

Marc Bourgeois, pour l’association « Demin, Demin »